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Créancier averti

Pilier · Procédure collective

Votre client est en procédure.
Que faire maintenant.

Le jugement d'ouverture change tout d'un coup : ce que vous pouviez faire la veille devient interdit, et une formalité que vous n'aviez jamais eu à accomplir devient la condition d'être payé. Cette page dit ce qui s'arrête, ce qui commence, et dans quel ordre agir.

Le jugement d'ouverture interrompt vos actions en paiement et arrête vos mesures d'exécution (art. L. 622-21 du Code de commerce), et interdit à votre client de régler ses factures antérieures (art. L. 622-7). Votre seule voie devient la déclaration de créance, à adresser au mandataire judiciaire dans les deux mois de la publication au BODACC. Vos contrats, eux, ne sont pas résiliés : seul l'administrateur décide de les poursuivre, et vous pouvez le contraindre à prendre parti.

Ce que le jugement vous interdit

Le jugement d'ouverture interrompt ou interdit toute action en justice tendant à la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent, et toute action tendant à la résolution d'un contrat pour défaut de paiement. Il arrête ou interdit aussi toute procédure d'exécution, mobilière comme immobilière, et toute procédure de distribution qui n'a pas produit d'effet attributif avant le jugement (article L. 622-21 du Code de commerce). Les délais impartis à peine de déchéance ou de résolution des droits sont interrompus en conséquence.

Cette dernière précision décide du sort de vos mesures en cours. Une saisie-attribution pratiquée avant le jugement a produit son effet attributif à l'instant de l'acte : elle tient. Une saisie-vente engagée mais non menée à son terme, non.

Votre client, de son côté, ne peut plus vous payer. Le jugement emporte de plein droit interdiction de régler toute créance antérieure, sauf paiement par compensation de créances connexes (article L. 622-7). Le juge-commissaire peut autoriser des exceptions — retirer un gage ou une chose légitimement retenue, lever l'option d'achat d'un crédit-bail — lorsque la poursuite de l'activité le justifie. Tout paiement fait en violation de ces règles est annulable pendant trois ans.

Vos contrats en cours : ni résiliés, ni garantis

Aucune indivisibilité, résiliation ou résolution ne peut résulter du seul fait de l'ouverture de la procédure, et les clauses contraires sont inopérantes. Vous devez continuer à remplir vos obligations malgré les impayés antérieurs, qui n'ouvrent droit qu'à déclaration au passif (article L. 622-13). Autrement dit : vous livrez, et vous déclarez.

L'administrateur a seul la faculté d'exiger l'exécution du contrat, en fournissant la prestation promise. Vous n'êtes pas pour autant condamné à attendre : une mise en demeure de prendre parti, restée plus d'un mois sans réponse, entraîne la résiliation de plein droit. Le juge-commissaire peut raccourcir ce délai, ou l'allonger de deux mois au plus. Le contrat est également résilié de plein droit à défaut de paiement des prestations postérieures, sauf accord de votre part pour poursuivre.

Les dommages et intérêts nés de l'inexécution se déclarent au passif. Ils ne se compensent pas avec ce que vous devez rendre, mais vous pouvez différer la restitution des sommes versées en excédent jusqu'à ce qu'il ait été statué sur ces dommages. Le régime propre au crédit-bail est traité dans notre article sur le choix de l'administrateur.

Le calendrier

Les délais qui décident de tout

J + 0
Jugement d'ouverture Publication au BODACC. Le compte à rebours démarre.
J + 15
Avertissement du mandataire Si vous avez un contrat publié (ex. crédit-bail), vous êtes averti personnellement.
2 mois
Déclaration de créance couperet Passé ce délai : créance inopposable à la procédure. Plus aucune répartition, sauf relèvement de forclusion.
3 mois
Revendication du bien couperet Pour récupérer un bien dont vous êtes propriétaire (matériel loué, financé).
6 mois
Relevé de forclusion Dernière chance de rattraper une déclaration ratée. Conditions strictes.

Obtenir mes dates exactes

Ce que vous toucherez, et quand

Les créances nées régulièrement après le jugement, pour les besoins de la procédure ou en contrepartie d'une prestation fournie pendant la période d'observation, sont payées à leur échéance. À défaut, elles sont payées par privilège avant toutes les autres, sous réserve des privilèges salariaux, des frais de justice et du privilège de conciliation (article L. 622-17). Ce privilège n'est pas acquis pour autant : il se perd si la créance impayée n'a pas été portée à la connaissance de l'administrateur ou, à défaut, du mandataire judiciaire, dans l'année suivant la fin de la période d'observation.

Pour vos créances antérieures, tout dépend de votre rang. L'ordre des paiements est détaillé dans notre article sur l'ordre de paiement en liquidation, et l'effet des créances publiques dans celui sur le privilège du Trésor et des organismes sociaux.

Questions fréquentes

Puis-je encore poursuivre mon client après le jugement d'ouverture ?

Non. Le jugement d'ouverture interrompt ou interdit toute action en justice tendant à la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent, ainsi que toute action en résolution d'un contrat pour défaut de paiement d'une somme d'argent. Il arrête ou interdit également toute procédure d'exécution sur les meubles et les immeubles, et toute procédure de distribution n'ayant pas produit un effet attributif avant le jugement (article L. 622-21 du Code de commerce).

Mon client peut-il encore me payer une facture antérieure ?

Non, sauf exceptions. Le jugement d'ouverture emporte de plein droit interdiction de payer toute créance née antérieurement, à l'exception du paiement par compensation de créances connexes (article L. 622-7 du Code de commerce). Le juge-commissaire peut toutefois autoriser certains paiements, notamment pour retirer un gage ou une chose légitimement retenue, ou pour lever l'option d'achat d'un crédit-bail lorsque la poursuite de l'activité le justifie.

Mon contrat est-il résilié par l'ouverture de la procédure ?

Non. Aucune résiliation ne peut résulter du seul fait de l'ouverture, et vous devez continuer à exécuter vos obligations malgré les impayés antérieurs, qui n'ouvrent droit qu'à déclaration au passif. Seul l'administrateur peut exiger la poursuite du contrat. Vous pouvez le mettre en demeure de prendre parti : son silence pendant plus d'un mois entraîne la résiliation de plein droit (article L. 622-13 du Code de commerce).

Mes factures postérieures au jugement sont-elles payées ?

Les créances nées régulièrement après le jugement pour les besoins de la procédure ou en contrepartie d'une prestation fournie pendant la période d'observation sont payées à leur échéance, et à défaut par privilège avant les autres créances, sous réserve des privilèges salariaux et des frais de justice (article L. 622-17). Ce privilège se perd si la créance impayée n'a pas été portée à la connaissance de l'organe compétent dans l'année suivant la fin de la période d'observation.

Le problème n'est pas le droit, c'est la date

Presque toutes les créances perdues le sont parce que le créancier a appris la procédure trop tard. Indiquez les entreprises que vous suivez : vous recevez un e-mail le matin de la publication au BODACC.

Sources : art. L. 622-7, art. L. 622-13, art. L. 622-17, art. L. 622-21, art. L. 622-24, art. L. 622-26 du Code de commerce. Textes vérifiés sur Légifrance le 20 septembre 2026.