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Créancier averti

Crédit-bail

Publicité du crédit-bail : son impact sur le délai de déclaration de créance

La publication du crédit-bail au greffe modifie le point de départ du délai de déclaration de créance en procédure collective.

Par Naoufel Benabdelaziz · Publié le 16 août 2026

La publication du contrat de crédit-bail au greffe du tribunal de commerce oblige le mandataire judiciaire à notifier personnellement le crédit-bailleur lors de l’ouverture d’une procédure collective. Le délai de déclaration de deux mois court alors à compter de cette notification, et non de la publication du jugement au BODACC, contrairement au régime applicable aux créanciers ordinaires.

Pourquoi le crédit-bail doit-il être publié

Le contrat de crédit-bail mobilier ou immobilier n’est opposable aux tiers, y compris aux organes de la procédure collective ouverte contre le locataire, qu’à condition d’avoir été publié. L’article L313-10 du Code monétaire et financier impose cette formalité sur un registre spécial tenu au greffe du tribunal de commerce du lieu d’immatriculation du crédit-preneur.

Cette publicité poursuit un double objectif : informer les tiers de l’existence d’un droit de propriété du bailleur sur le bien financé, et permettre au mandataire judiciaire d’identifier les créanciers titulaires d’un contrat publié afin de les avertir personnellement lors de l’ouverture de la procédure. Sans cette publication, le crédit-bailleur reste inconnu du mandataire au sens procédural du terme, même si le contrat figure dans la comptabilité du débiteur.

Comment la publicité modifie le point de départ du délai

L’article L622-24 alinéa 1 du Code de commerce distingue deux régimes. Pour les créanciers ordinaires, le délai de déclaration court à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC. Pour les créanciers titulaires d’une sûreté publiée ou liés par un contrat publié, catégorie dans laquelle entre le crédit-bail régulièrement publié, le délai court à compter de la notification qui leur est faite personnellement, ou à domicile élu, par le mandataire judiciaire.

Cette distinction produit un effet concret sur le calendrier : la date de publication au BODACC et la date de réception de la lettre de notification ne coïncident presque jamais. Le crédit-bailleur avisé doit donc conserver l’enveloppe ou l’accusé de réception de la notification, seul élément permettant de calculer avec certitude le point de départ du délai de deux mois qui lui est applicable, porté à quatre mois lorsque le créancier est domicilié hors de France métropolitaine en application de l’article R622-24 du Code de commerce.

Quelles conséquences en l’absence de publication

Si le contrat de crédit-bail n’a pas été publié, deux conséquences distinctes se cumulent. D’une part, le crédit-bailleur ne peut plus revendiquer utilement le bien loué, l’article L624-10 du Code de commerce réservant l’action en revendication aux propriétaires dont le droit est opposable à la procédure. D’autre part, faute d’être identifié comme créancier titulaire d’un contrat publié, il ne bénéficie pas de la notification personnelle et se retrouve soumis au régime de droit commun : le délai de deux mois court alors à compter de la seule publication du jugement d’ouverture au BODACC, sans garantie d’information individuelle.

Ce cumul explique pourquoi l’absence de publication constitue un risque financier direct pour le bailleur : il peut perdre à la fois la propriété économique du bien et la créance de loyers, faute d’avoir déclaré dans les délais qu’il ignorait avoir commencé à courir.

Quelle sanction en cas de déclaration tardive

La déclaration hors délai rend la créance inopposable à la procédure collective, en application de l’article L622-26 du Code de commerce. Le créancier forclos peut toutefois demander un relevé de forclusion auprès du juge-commissaire s’il démontre que sa défaillance n’est pas due à son fait ou que le débiteur a omis de le mentionner sur la liste des créanciers remise aux organes de la procédure. Cette voie de recours reste toutefois soumise à un délai propre et à une appréciation stricte des circonstances par le juge-commissaire, ce qui ne dispense pas le crédit-bailleur de vérifier systématiquement la publication de son contrat dès sa conclusion.

Ce qu’il faut vérifier avant toute déclaration

Avant de déclarer une créance de loyers de crédit-bail, il convient de vérifier trois éléments : la date exacte de publication du contrat au registre spécial du greffe, la date de réception de toute notification émanant du mandataire judiciaire, et la conformité de cette notification avec les mentions attendues par l’article L622-24. Cette vérification conditionne le calcul du délai applicable et détermine si le créancier relève du régime de la notification personnelle ou de celui, moins protecteur, de la simple publication au BODACC.

Cet article est une information juridique documentaire et générale. Il ne constitue pas une consultation adaptée à votre dossier. Pour une situation précise, consultez un avocat.

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