Procédures collectives
Crédit-bailleur face à une procédure collective : récupérer votre bien
Vous avez financé un bien en crédit-bail et le preneur passe en procédure collective. Vous êtes propriétaire ET créancier — et vous ne pouvez pas reprendre le bien vous-même.
Par Naoufel Benabdelaziz · Publié le 2 juillet 2026
Vous avez financé une machine, un véhicule ou du matériel en crédit-bail. Votre preneur est placé en redressement ou en liquidation judiciaire. La tentation est immédiate : « le bien est à moi, je vais le reprendre. » C’est l’erreur qui coûte le plus cher.
En bref : comme crédit-bailleur, vous portez deux casquettes — propriétaire du bien financé et créancier des loyers impayés. Vous ne pouvez pas reprendre le bien vous-même : c’est l’administrateur qui décide de poursuivre le contrat, et vous devez respecter des délais stricts pour déclarer vos loyers et pour réclamer la restitution du bien.
Vos deux casquettes
Le crédit-bail vous place dans une situation particulière, que les créanciers ordinaires n’ont pas : vous êtes à la fois propriétaire du bien (vous n’en avez jamais transféré la propriété au preneur) et créancier des loyers échus impayés. Ces deux qualités suivent deux régimes et deux délais différents. Les traiter comme une seule, c’est en perdre une.
Vous ne pouvez pas reprendre le bien vous-même
Le crédit-bail est un contrat en cours au sens de l’article L. 622-13 du Code de commerce. Sa continuation ne dépend pas de vous : c’est l’administrateur judiciaire qui peut en exiger la poursuite. S’il continue le contrat, le preneur garde le bien et les loyers à échoir deviennent des créances de la procédure. S’il ne le continue pas, le contrat s’arrête et la question de la restitution s’ouvre.
Tant que la période d’observation court, reprendre le matériel de votre propre autorité constitue une voie de fait, qui peut se retourner contre vous. Le réflexe « c’est ma propriété » est juste sur le fond, mais faux sur la méthode.
Déclarer les loyers impayés : votre délai part de l’avis personnel
Les loyers échus avant le jugement sont des créances antérieures : vous devez les déclarer, sous peine d’inopposabilité. La bonne nouvelle pour vous : parce que le crédit-bail est un contrat publié, le mandataire doit vous avertir personnellement, et votre délai de deux mois ne court qu’à compter de cet avertissement — pas de la simple publication au BODACC.
Point d’appui souvent décisif : si cet avertissement est irrégulier — par exemple s’il ne reproduit pas les mentions exigées de l’article R. 621-19 —, la forclusion ne vous est pas opposable (Cass. com., 22 mars 2017, n° 15-19.317). Avant de renoncer à une créance déclarée hors délai, vérifiez toujours la régularité de l’avis que vous avez reçu.
Récupérer le bien : la restitution et son délai de trois mois
Si le contrat n’est pas continué, vous voulez récupérer votre bien. L’action en revendication se prescrit par trois mois à compter de la publication du jugement d’ouverture (art. L. 624-9). Lorsque le contrat de crédit-bail a été régulièrement publié, vous êtes en principe dispensé de l’action en revendication proprement dite, mais vous devez tout de même présenter une demande en restitution dans les temps. Ne comptez pas sur votre qualité de propriétaire pour vous croire hors délai : ici aussi, l’horloge tourne dès le jugement.
Maîtrisée, la situation vous laisse récupérer le bien et participer au passif pour le solde. Ratée, elle vous fait perdre les loyers impayés — inopposables — et complique la reprise du matériel. Deux casquettes, deux délais : jouez les deux.
Cet article est une information juridique documentaire et générale. Il ne constitue pas une consultation adaptée à votre dossier. Pour une situation précise, consultez un avocat.